CORONAVIRUS - QUE NOUS ENSEIGNE L'HISTOIRE

Publié le 25 Avril 2020

 

 

Nous vivons depuis plus d'un mois dans un état de confinement, situation particulière que nos anciens n'ont pas connue même en temps de guerre. J'ai mon opinion sur la gestion des événements actuels et je pense que chacune et chacun d'entre vous à la sienne.

Néanmoins, en dehors de toute polémique (le but de ce blog n'est pas celui-là) et de tout parti pris, j'ai souhaité vous faire part du texte qui suit qu'un ami m'a communiqué. Il m'a paru parfaitement sensé, réfléchi et équilibré. Il pose le problème de notre société actuelle, des médias, du rôle du politique, de notre mémoire...

Je vous laisse juge !

 

Protégez vous et bonne santé !

 

 

Coronavirus : que nous enseigne l'histoire ?

 

"Pour ma génération, cette épidémie mondiale est un événement encore jamais connu, jamais vécu. Pourtant en discutant avec mes parents, il apparaît que le monde en a déjà connu et pas seulement dans les siècles passés. Nul besoin de remonter à la peste, au choléra ou encore à la grippe espagnole de 1918. D'autres épidémies, ressemblant fortement au coronavirus ont frappé le monde en 1957 et 1969.

En 1957, le monde connaît une pandémie nommée "grippe asiatique". Mon père s'en souvient encore car toute la famille (père, mère, 5 enfants) va alors rester couchée presque sans possibilité de se lever pendant plus de 15 jours. Cette "grippe asiatique" fera 100 000 morts rien qu'en France et plus de 2 millions de morts dans le monde.

En 1969, à nouveau venue d'Asie, la "grippe de Hongkong" frappe le monde. Elle va faire 31 000 morts en France et 1 million de morts dans le monde.

J'ai retrouvé un article du Journal Libération qui comparaît en 2005 le traitement de la canicule de 2003 avec celui de la grippe de Hong Kong. Voici ce que l'extrait de cet article disait de la situation en 1969 :

"On n'avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation et on le. évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir". Aujourd'hui chef du service d'infectiologie du centre hospitalier-universitaire de Nice, le professeur Dellamonica a gardé les images fulgurantes de cette grippe dite "de Hong Kong" qui a balayé la France au tournant de l'hiver 169-1970. Âgé alors d'une vingtaine d'années, il travaillait comme externe dans le service de réanimation du professeur Jean Motin, à l'hôpital Edourd-Hérriot de Lyon. "Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Il mourraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ca a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et, étrangement on a oublié."

Ce n'était pas au XIIè siècle, c'était il y a 50 ans ! Etrangement on a oublié.

Encore plus étrange furent les traitement politiques et médiatiques qui en furent faits.

Alors que l'hôpital fait face à une crise sanitaire majeure : afflux brutal de malades, impossibilité de les soigner, mortalité par dizaine de milliers, nul ou presque n'en parle. La presse parle à l'époque de la mission Appolo sur la lune, de la guerre du Vietnam, des suites de Mai 68... Mais pas ou peu des dizaines de milliers de personnes qui meurent dans les hôpitaux surchargés. Pire, le monde continue de tourner, presque comme si de rien n'était.

 

Alors que nous enseigne l'histoire ?

 

D'abord et c'est une bonne nouvelle que nos sociétés en ont "connu d'autres" et qu'elles se remettent des épidémies. Malgré la mortalité de masse provoquée par elles, nous n'allons pas tous mourir et la vie gardera le dessus.

Ensuite qu'en 50 ans, les progrès techniques ont profondément modifié notre société. En 1969 encore la mort de millions d'individus semblait une fatalité alors qu'aujourd'hui elle nous paraît juste inacceptable. Nous attendons de la science qu'elle puisse nous protéger de toutes ces maladie, les vaincre, voire peut-être un jour, vaincre la mort elle-même. Je parle bien sûr pour nos sociétés occidentales car 100 000 morts nous paraissent un choc majeur et inacceptable en Europe ou en Amérique du Nord alors que personne ou presque ne semble hélas s'offusquer que le Palu puisse tuer chaque année un demi-million de personnes en Afrique...

L'histoire nous enseigne encore que nos exigences vis à vis de l'Etat ont beaucoup changé. Nous sommes désormais, et c'est le prix de l'Etat Providence, dans une société qui "attend tout l'Etat". En 1969 personne n'attendait de Pompidou qu'il arrête la "grippe de Hong Kong" ou encore organise le confinement de la population pour sauver des vies. Aujourd'hui le moindre accident est nécessairement de la responsabilité d'une autorité publique et si l'on n'arrive pas à un résultat immédiat et satisfaisant, c'est forcément que les élites ont failli.

Que l'on soit bien clair, je ne cherche à excuser  personne et il est vrai que le niveau des impôts n'est pas le même qu'en 1969 donc le niveau d'exigence peut légitimement être plus élevé. Je pose juste des constats.

Enfin, l'Histoire nous enseigne que la sphère médiatique a beaucoup changé et influence terriblement le traitement des événements. En 1969 les médias étaient encore pour beaucoup sous le contrôle de l'Etat. Comme on en pouvait pas arrêter la maladie on n'en parlait quasiment pas. Et la vie continuait tant bien que mal. A l'ère des chaînes d'info continue et des médias sociaux on ne parle plus que de la maladie, du traitement sanitaire, politique, économique. Tout devient très vite sujet à polémique et à scandale. Pire, on a l'impression que notre vision du monde se limite désormais à ce qui défile sur nos écrans. Et comme il n'y a plus que la maladie sur nos écrans on oublierait presque que la vie continue avec ce qu'elle a de merveilleux (l'amour par exemple, mais aussi la création, l'innovation...) mais aussi de pire (la haine, la violence, la criminalité, la bêtise...). Bref la saturation de l'info autour de la maladie fait qu'on a l'impression que le monde s'arrête et comme la conscience crée en partie la réalité, il semble vraiment s'arrêter.

Alors vous me direz"autres temps, autres traitements de la maladie et des événements".

Oui vous avez raison et quelque part heureusement.

Cet enseignement de l'histoire ne nous obligent pas à traiter les choses comme dans le passé. Bien au contraire, mais ces voix du passé nous disent néanmoins :

- que les épidémies ont toujours existé et existeront  probablement toujours car elles ne sont pas issues de complots de savants fous manipulés par des militaires dans les labos secrets, mais simplement des virus font parie de la nature, au même titre que nous.

- que l'on pourra déployer toute la science et posséder les meilleurs gouvernements du monde, il y aura toujours un événement naturel que nul n'avait prévu et que l'on ne pourra pas totalement éviter.

- qu'il faut toujours garder l'esprit positif car l'Humanité s'est toujours relevée de ces épidémies. La France s'en relèvera aussi et cela d'autant plus vite que nous saurons faire preuve de résilience et de fraternité dans l'épreuve.

Essayons donc de ne pas perdre nos nerfs et notre moral rivés sur le compteur des morts qui monopolise nos écrans, restons unis plutôt qu'à accuser déjà les uns et les autres, concentrons-nous sur les vies que l'on peut sauver chacun dans son rôle et à sa place, continuons de vivre, d'aimer, d'inventer car ni le monde ni la vie ne se sont arrêtés et profitons peut être, pour ceux qui en ont, d'utiliser le temps pour imaginer le monde meilleur dans lequel nous voudrions vivre à la sortie de cette crise.

Regarder le passé, c'est parfois prendre le recul nécessaire qui permet de mieux construire l'avenir.

Courage et espoir ! "

 

Texte de M. Olivier BECHT - député du Haut-Rhin 23/04/2020

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Conseils - Infos

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